Connectivité et télématique – les nouveaux facteurs de décision pour l’achat d’un véhicule

 

Comment penses-tu que la connectivité et la télématique vont influencer les décisions d’achat de véhicules neufs dans un futur proche ?

 

Cela dépend de plusieurs facteurs comme le pays d’achat, le véhicule en lui-même, les services associés et, bien sûr, la qualité de l’expérience utilisateur. Par exemple, en Europe les consommateurs n’ont pas l’habitude de payer les services de sécurité et de sûreté, contrairement aux consommateurs américains. Si nous prenons l’exemple du Japon, les consommateurs sont beaucoup plus habitués à la technologie et, de ce fait, prêts à payer pour des systèmes connectés intégrés. De plus, il faut savoir que la plupart des applications d'info-divertissement embarquées ne fournissent pas encore assez de valeur ajoutée pour le marché de masse. Ensuite, les taux d’adoption restent encore assez modestes : les systèmes de navigation satellite connectés équiperont très prochainement près de la moitié des nouveaux véhicules et la plupart seront connectés mais le taux d’abonnement des utilisateurs n’atteindra que 5 à 20%.

 

Globalement, nous sommes convaincus que ce seront les constructeurs OEM¹, et non les consommateurs, qui seront amenés à bénéficier le plus des télématiques. En effet, assujettis à des périodes de mise sur le marché de plus en plus courtes et à l'augmentation des défauts et des rappels en résultant, nous croyons fermement que la connectivité et la télématique seront des outils importants qui leur permettront d’améliorer, de façon régulière, leurs véhicules une fois mis en circulation. C’est à ce moment-là que la connectivité deviendra réellement un critère d’achat clé pour le consommateur.

 

Selon toi, qui sera le détenteur final des données recueillies par ces véhicules ?
Les constructeurs OEM, les prestataires de services ou les consommateurs ?

 

Les consommateurs sont les vrais propriétaires de ces données, toutefois, ils n’en ont pas forcément toujours le contrôle absolu. Chez Worldline, nous recueillons des données sensibles de consommateurs finaux, au travers de nos systèmes en marque blanche, que nous devons sécuriser et pour lesquelles nous appliquons un vrai respect de la vie privée, grâce à leur anonymisation et au « droit à l'oubli ».

 

Pendant des années, les fournisseurs d’info-trafic ont utilisé, de façon anonyme, les positions GPS afin d’améliorer les modèles de circulation en temps réel. Les constructeurs OEM ont maintenant compris que les données générées par les véhicules sont leur nouvel Eldorado. Grâce à la connectivité avancée, comme le WiFi et les communications Car2Infrastructure², les constructeurs automobiles auront la capacité de récolter, à un coût abordable, d'énormes quantités de données anonymes provenant des systèmes de régulation électronique embarqués.

 

C’est un sujet majeur que Worldline adresse en partenariat avec Renault dans le cadre de nos recherches « Mobilité intelligente et connectée, la voiture connectée » à l’UPMC³ à Paris. Les données collectées seront utilisées afin d’obtenir ce que nous appelons la « voix du produit ». Ce type de données est très technique, si spécifique à la voiture et totalement anonyme. De ce fait, le consensus est que l’approbation des consommateurs finaux n’est pas nécessaire. Toutefois, au vu de la forte valeur de ces données, elles devront être sécurisées par des systèmes équivalents aux systèmes utilisés par les banques.

 

D’après toi, comment le consommateur souhaitera-t-il payer pour ces services connectés dans le futur proche ?

 

Nous avons testé plusieurs modèles de commercialisation avec Renault R-Link et Parrot ASTEROID. Les services de voiture connectée se doivent d’être flexibles afin d’adapter leurs modèles de commercialisation tout au long de la vie d’un véhicule. Par exemple, un service auquel les consommateurs peuvent s’abonner aujourd’hui peut devenir gratuit un an plus tard. Basé sur notre expérience, nous devons pouvoir fournir la possibilité de combiner les modèles de commercialisation, qui pourront également s’adapter selon le marché, aux constructeurs OEM.

 

Les propriétaires de véhicules doivent également s’habituer progressivement à ces nouvelles possibilités et atteindre un stade de maturité où ils se rendront compte qu’ils ne peuvent plus s’en passer. De ce fait, un abonnement d’essai d’un an est idéal afin d’obtenir une adoption de masse. Nos études sur le marché européen ont montré que les propriétaires de véhicules attribuent une valeur moyenne de 4 Euros à la plupart des applications et des services de ce genre, et qu’ils préfèrent également les payer en une fois. Toutefois, les tendances importantes, comme la démotorisation et la transformation digitale, signifient que l’usage du paiement à l’utilisation va augmenter alors que le taux de possession de véhicules va décliner. Worldline pourrait, par exemple, fournir des cartes prépayées aux constructeurs automobiles qui pourront être utilisées pour payer aux stations de recharge, chez les concessionnaires ou même pour louer une autre voiture. Worldline étudie également l'utilisation de cartes de fidélité et les paiements mobiles avec ses clients.

 

Un certain nombre de constructeurs automobiles ont lancé leurs propres app stores. Peut-on dire qu’ils sont en train de devenir des « sociétés d’applications » ?

 

 

Avec le lancement du Renault R-Link, Worldline a introduit le premier app store destiné au marché de masse en 2011. Ce fut un réel avantage compétitif qui est maintenant devenu un service jugé obligatoire. Depuis 2009, nous sommes convaincus que l’e-magasin est un levier essentiel qui met le constructeur OEM au cœur de l’écosystème et lui permet de monétiser l’accès à la voiture. Nous considérons également l’e-magasin comme un canal de vente digital, facilitant la vente de services pour les concessionnaires. Il est vrai qu'il existe une limite au nombre d'applications qui peuvent se vendre, sans doute un maximum d'environ 200 applications. Il est également vrai que la montée en puissance de la reprise des systèmes d’exploitation, de type iOS et Android, permettra l'utilisation des app stores standards pour de nombreuses applications non-spécifiques à la voiture. Néanmoins, nous prévoyons que les e-magasins des voitures connectées deviendront un « must-have » pour tous les constructeurs OEM, leur permettant ainsi d'y intégrer régulièrement de nouveaux services et de générer des offres commerciales localement adaptées.

 

 

Mais se focaliser à devenir un app store exclusivement destiné aux applications automobiles serait une erreur. Les constructeurs automobiles doivent devenir des acteurs actifs des services digitaux focalisés sur les utilisateurs finaux. D’ailleurs, leurs e-magasins feront partis de cette stratégie. Dans un futur proche, ceux-ci deviendront des solutions complètes d’e-Commerce destinées aux automobiles, qui permettront aux conducteurs de commander des pièces détachées ou des services de maintenance et de réparation directement depuis leurs voitures. Certains constructeurs ont déjà débuté cette transformation, convergeant vers des solutions similaires à celles que nous mettons en place depuis des années dans le secteur du commerce de détail.

 

Comme beaucoup de constructeurs OEM projettent de commercialiser leurs propres systèmes télématiques intégrés, cela risque-t-il d’être un danger pour l’écosystème après-vente ?

 

Ce que je trouve le plus intéressant à l’heure actuelle c’est la bataille qui a lieu pour les applications de réparation et d’entretien. Nos experts analystes travaillent sur des solutions de gestion de la relation client pour les ateliers de réparation indépendants et les constructeurs automobiles. Il est déjà clair que les premiers ont gagné la bataille pour le contrôle de la connaissance du client, la segmentation et la commercialisation. Dorénavant, et grâce aux systèmes de gestion de véhicule intégrés, les constructeurs ont la possibilité de reprendre des parts de marché. Ils ont pour objectif de fidéliser leurs clients dans leurs réseaux de concessions et certains d’entre eux parlent même de cycle de fidélisation de six ans grâce à la voiture connectée. Cependant, les ateliers indépendants commencent à travailler sur des contre-propositions telles que des systèmes télématiques avancés couplés avec des smartphones ou des tablettes. C’est un secteur dans lequel nous sommes présents avec notre application de voiture connectée étendue (via smartphone ou tablette), que nous avons présenté à l’IFA l’année dernière.

 

Il semblerait que les concessionnaires automobiles ne soient pas inclus dans l’équation de la voiture connectée. Comment vont-ils profiter de la connectivité et de la télématique ?

 

En effet, ils se focalisent principalement sur leur chiffre d’affaires dont les revenus proviennent uniquement des clients B2C. Dans le secteur des camions, par exemple, Volvo US a démontré,, que les services d’entretien connectés permettent de réduire le temps nécessaire pour les réparations ainsi que leur prise de rendez-vous. Cela veut dire que les concessionnaires deviennent plus intelligents, que les véhicules restent moins longtemps immobilisés et que la fidélité des clients s’améliore. Grâce à toutes les nouvelles données collectées, les concessionnaires pourraient avoir un outil marketing fort pour améliorer la fidélité de leurs clients. Nous travaillons avec un constructeur OEM de camion et nous pensons que cela pourrait être un réel levier pour le marché de la voiture connectée : si le constructeur OEM peut démontrer aux réseaux de concessions que ces nouvelles données et l’entretien connecté peuvent leur rapporter plus d’argent, alors les concessionnaires seront plus intéressés dans la vente de services de voiture connectée, créant ainsi un cercle vertueux.

 

Récemment, quelques constructeurs OEM ont annoncé la compatibilité de leurs systèmes d'info-divertissement avec les appareils mobiles et portables, comme les montres connectées. Comment envisages-tu le croisement de ces deux industries dans le futur proche ?

 

En effet, ce serait une fonctionnalité intéressante pour le marché de masse, surtout pour les personnes âgées. D’ailleurs, cela me rappelle un challenge IT qu’Atos avait organisé en 2013 sur le thème de la voiture connectée. Une des universités qui participaient à ce concours a conçu un volant équipé de capteurs qui pouvaient suivre le niveau de stress du conducteur, un peu comme avec les montres connectées. Équiper les sièges de capteurs qui pourront capter le comportement humain mènera à plus de services de proximité. Worldline fait partie d’un projet R&D, financé par l’Europe, nommé eGO⁴, dont l’idée principale est la reconnaissance d’identité par le simple fait de toucher un objet compatible eGo.

 

Selon toi, les modèles de commercialisation, type
« car-sharing » et « smart-parking » peuvent-ils être viables ?

 

Grâce à la croissance de la concentration urbaine et à la transformation digitale, cette tendance se poursuivra au même rythme dans les villes. Avec « smart-parking », nous rêvons que notre voiture puisse trouver une rue où des places de parking seraient libres. Worldline gère les systèmes de parking dans les rues de Paris et Vienne, entre autres, au travers desquels nous envoyons un SMS au propriétaire du véhicule quelques minutes avant que s’écoule sa durée prépayée de stationnement. Nous pouvons également alerter d’autres conducteurs sur la disponibilité de places de stationnement. Mais mettre en place un partenariat plus large avec les villes est un travail de longue haleine, de ce fait, le déploiement mondial prend du temps.

 

 

Quel est l'avenir des voitures connectées dans des marchés moins développés comme BRIC, ANZ et APAC ?

 

Cela va varier d’une région à l’autre. Avec Renault, nous couvrons déjà l’Australie, l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud et la Russie. Worldline est présent sur d’autres marchés avec d’autres solutions individuelles. Par exemple, en Russie, le système « ERA-Glonass accident emergency response » propulse ce pays dans une nouvelle ère. Le système brésilien SIMRAV verra également bientôt le jour. La Chine aura son propre système d'info-divertissement et de navigation dans les cinq prochaines années. Enfin, l’Inde et l’Asie du Sud-Est adopteront des solutions via smartphone et des télématiques à bas coût telles que les clés USB de diagnostique embarquées.

 

 

Cet entretien a été publié sur le site de Telematics Wire. Vous pouvez retrouver la version anglaise de cette interview içi.

 

1. Constructeurs d'équipement d'origine

2. Communications entre le véhicule et le monde de l'infrastructure, tel que les feux de circulation

3. Université Pierre et Marie Curie

4. Le Projet eGO rassemble des entreprises et des académiciens dont le but est de créer, développer et promouvoir une manière novatrice d'établir des voies bidirectionnelles de communication sans fil entre les objets et les utilisateurs.

5. Brésil, Russie, Inde et Chine

6. Australie, Nouvelle Zélande

7. Asie-Pacifique

 

 

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Pascal Pediroda

 

Pascal Pediroda est Product Manager pour Connected Vehicles & Living chez Worldline. Il nous a rejoint en 2008.

 

 

Catégories: Général, Perspectives, Solutions

 

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